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Les auto-entrepreneurs

vendredi 6 avril 2012

Réponse aux Echos.

Le statut d’auto-entrepreneur, appliqué depuis 2009, devait être une mesure
efficace pour lutter contre le chômage. La réalité est, comme toujours, bien plus
cynique car ce nouveau statut a instauré une nouvelle précarité, une nouvelle
auto-exploitation… sans créer d’emplois.
Tout le monde peut devenir auto-entrepreneur, il suffit de quelques minutes et
quelques clics sur internet pour s’inscrire et commencer une activité libérale,
même minime, avec quelques avantages fiscaux (pas de taxe professionnelle,
pas de TVA, peu de paperasse administrative...).C’est sûr, le statut d’autoentrepreneur
fait un tabac en particulier chez les chômeurs qui sont très souvent
« poussés » dans cette voie, puisque cela concerne environ 740 000 personnes.

Un privé d’emploi devenu auto-entrepreneur conserve ses allocations chômage
pendant au plus quinze mois mais ces dernières sont réduites s’il réalise des
recettes comme entrepreneur. Mais, dans ce cas, il devient chômeur avec activité
réduite, et quitte donc la catégorie A, faisant ainsi baisser le taux de chômage.
Derrière ce succès, se cachent une nouvelle précarité et un moyen légal de
contourner le droit du travail. Pour ne plus prendre de risque, certaines
entreprises ne proposent plus de contrat de travail (CDI ou CDD) mais aident
désormais les salariés à se mettre à leur compte et leur faire exécuter comme
sous-traitant le même travail qu’avant. Pour un patron, c’est tout bénef : le
nouvel « entrepreneur » ne compte plus ses heures, et son ancien employeur
devenu donneur d’ordres échappe aux obligations légales en matière de temps
de travail, de repos, de congés, de salaire minimum. Il gagne sur tous les
tableaux et le jour où l’activité baisse, il n’a pas de problème de licenciement.
Installé à son compte, l’ancien salarié perd toutes les garanties attachées au
contrat de travail, notamment le droit aux allocations chômage, aux congés
payés et aux congés maternité. Pour de nombreux patrons, ce nouveau statut est
devenu un nouvel outil d’ajustement pour accroître leurs profits. Notons
également que 65 % des auto-entrepreneurs gagneraient en moyenne 775 euros
par mois...

Officiellement, l’instauration de ce statut était aussi un moyen de créer des
emplois mais la grande majorité de ces auto-entrepreneurs n’ayant pas de
salarié, l’impact sur l’emploi est nul. C’est donc bel et bien un mirage.

Ce nouveau statut est un cadeau au patronat. C’est une réponse à la rengaine
préférée du Medef, la fameuse rigidité du marché et des contrats de travail. En
fait, le statut d’auto-entrepreneur fait partie intégrante de la stratégie mise en
place depuis plus de 30 ans par les gouvernements de droite comme de gauche
de casse du statut salarial, de précarisation du travail et de rejet de la charge sur
les individus eux-mêmes.

Nous sommes donc pour l’abrogation de ce statut qui casse le contrat de travail,
détourne le code du travail et amplifie la précarité.