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Réponse à la France agricole

vendredi 6 avril 2012

En cas de victoire de votre parti, quelles sont les trois mesures prioritaires que vous prendrez pour le secteur agricole ?

1. Nous sortirons l’agriculture du système libéral qui met en concurrence les producteurs de tous les pays quels que soient leurs systèmes productifs et qui les soumet à la spéculation financière. Il faut donc un système de prix garanti qui assure à chaque actif agricole un revenu. Il faut sortir l’agriculture des règles de l’OMC et réintroduire la régulation (quotas, stocks). Il faut en finir avec un système qui mène un nombre effrayant d’agriculteurs au suicide.

2. Nous favoriserons les petites exploitations et plus particulièrement en bio. Il faut donc réformer le foncier : l’État doit intervenir en acquérant des terres et en les cédant à des jeunes sous forme de baux de carrière. Il faut supprimer les écarts qui existent entre DPU (car ils favorisent par exemple les producteurs qui étaient en maïs irrigué lors de l’introduction des DPU). Il faut plafonner les DPU par exploitation. Il faut interdire progressivement mais rapidement tous les biocides et pendant une période transitoire les taxer lourdement (afin de compenser le coût subi par la collectivité pour dépolluer l’eau).

3. Sur le plan syndical, contrôle et gouvernance, nous ferons respecter le pluralisme syndical : il faut en finir avec la cogestion par la FNSEA de toutes les structures agricoles (chambres agricoles, MSA, Crédit Agricole, coopératives, organisations de producteurs) sans parler des liens avec le ministère de l’agriculture. La société doit protéger l’agriculture, et en corollaire la société civile doit pouvoir entrer dans les instances de réflexion, de contrôle et de gouvernance.

Faut-il encore verdir la politique agricole - au sens large - et si oui, de quelle façon ? (par la PAC et/ou par des mesures nationales ? par la réglementation et/ou par des démarches volontaires)

Nous n’aimons pas l’expression « verdir la politique agricole ». La PAC est un échec dramatique.

Elle repose sur un modèle libéral qui est intenable sur le plan économique, social et écologique. Lui passer une couche supplémentaire de vernis vert ne résoudra pas les problèmes auxquels est confronté l’agriculture française.

L’écologie a un rôle primordial dans notre projet :
- En effet, à quoi bon se battre pour des conditions sociales meilleures, si elles sont mises en place dans un environnement extrêmement dégradé.
- L’agriculture joue évidemment un rôle essentiel dans la préservation de l’environnement.
- La terre est sans doute l’écosystème le plus important mais aussi le plus méconnu.
- Nous sommes ce que nous mangeons. Les conséquences de la mainmise de l’industrie agro-alimentaire sur l’agriculture et l’alimentation sont catastrophiques (obésité, cancer, diabète, maladies cardio-vasculaires, etc.)
- Les paysans sont les plus gros utilisateurs de pesticides mais ils sont aussi ceux dont la santé en pâtit le plus.

Il ne s’agit donc pas de « verdir » la PAC mais de repenser l’agriculture. L’agriculture ne peut être que verte (les paysans disent volontiers qu’ils pratiquent le plus beau métier du monde, mais cela n’a de sens que si l’agriculture et l’élevage sont soutenables). De plus, une agriculture réellement verte est aussi créatrice d’emplois alors que l’agriculture productiviste est, elle, destructrice d’emplois.

Il faut stopper l’exode rural, ce qui permettra de revivifier le tissu social rural et de maintenir les services publics. Quelques mesures s’imposent :
- protéger la ressource en eau, en supprimant la pollution
- favoriser les conversions en bio
- ne pas compter sur les démarches volontaires, qui ne peuvent pas suffire dans un environnement hyper concurrentiel
- protéger la biodiversité végétale et animale, naturelle mais aussi d’origine humaine : il faut non seulement protéger mais aussi rendre disponibles les variétés et races sélectionnées depuis des siècles qui ont été accaparées par les multinationales
- interdire les monocultures et au contraire favoriser les rotations longues (avec légumineuses) et les associations annuelles, vivaces, ligneux
- orienter la recherche de manière à favoriser les systèmes économes en énergie et en eau

Faut-il aider l’agriculture ? Par quels moyens et à quelles conditions ?

Dans le système hyper-compétitif et mondialisé que nous connaissons, l’agriculture écologiquement responsable doit être aidée. Cela dit, c’est tout le système qui doit être remis à plat. Le rapport de force entre les producteurs et les distributeurs ne fait que se dégrader au profit de ces derniers. Les paysans sont pris en étau entre les fournisseurs d’intrants et leurs clients distributeurs ou industriels : ils sont le maillon faible de filières dont les principaux bénéficiaires sont les firmes de l’agro-industrie.

Il faut donc redonner aux paysans la possibilité de vivre de leur travail sans être à la merci des multinationales de l’agroalimentaire ou de la grande distribution. Il faut relocaliser les productions pour recréer un lien direct entre producteurs et consommateurs. Sur le plan social, le mutualisme ne remplit plus sa fonction et des transferts ont lieu chaque année du système général vers l’agricole. Il faut donc fusionner la MSA avec la Sécurité Sociale.

La course à la compétitivité doit-elle soutenue ? Quelles mesures serez-vous prêts à prendre dans ce sens ?

Non, en aucun cas la compétitivité ne doit être encouragée. Sous son diktat, nous avons fait subir d’énormes dégâts à la paysannerie du Sud (et du Nord). La compétitivité suppose l’élimination des faibles et la domination des puissants. Elle ne tient aucun compte des populations rurales ou des conséquences écologiques. Donc, pour répondre brièvement, nous ne prendrons aucune mesure pour soutenir la compétitivité.

Par contre nous orienterons la recherche publique vers des méthodes écologiques et soutenables, et nous ne doutons pas que le rendement à l’hectare de l’agriculture biologique peut être augmenté tout en « agradant » les sols et en préservant les milieux naturels. Ces techniques demandent plus de main-d’oeuvre, mais chaque paysan supplémentaire est aussi un chômeur en moins.

La sécurité alimentaire passe-t-elle par la relocalisation de la production agricole ? Jusqu’où doit-elle aller ? (Faut-il produire de tout en Europe ? en France ?)

Nous ne pouvons évidemment pas produire de tout en Europe (continentale du moins), on pense à la banane, au café ou au chocolat par exemple. Et à quoi bon produire des aliments que nous ne voulons pas manger.

Cela dit, c’est une évidence que tous les pays (et pas seulement les pays européens) devraient être autosuffisants pour la plus grande partie de leur alimentation. Le système libéral oppose les ouvriers du Sud à ceux du Nord, et les paysans du Sud à ceux du Nord. Mais les exportations agricoles sont une aberration écologique et sociale. La relocalisation est donc une nécessité mais cela suppose aussi que nous cessions d’inonder les pays du Sud de denrées subventionnées qui détruisent leur paysannerie, emplissent leurs bidonvilles et provoquent flux migratoires et immigration.

L’usage des terres doit-il être réservé à la production alimentaire, ou faut-il en réserver une part pour les débouchés énergétiques et la préservation de la biodiversité ?

Il nous parait quelque peu osé de mettre sur le même plan débouchés énergétiques et préservation de la biodiversité.

Les surfaces de terres arables sont en diminution constante, nous perdons désormais un département tous les sept ans à l’artificialisation des terres (infrastructures de transport, habitat, zones de toutes sortes). Et cela alors que la population mondiale ne fait qu’augmenter et atteindra bientôt 9 milliards.

Il ne faut donc pas espérer de l’agriculture qu’elle remplace en plus les centrales nucléaires et les puits de pétrole ! Sans mentionner le fait que le bilan carbone et environnemental des agro-carburants est négatif. Par contre, il serait souhaitable que les fermes soit énergétiquement autonomes en produisant le carburant pour faire tourner leurs tracteurs et l’électricité pour faire fonctionner leur équipement (nous voulons des fermes équipées de photovoltaïque et non pas des « fermes » photovoltaïques).

Quant à la préservation de la biodiversité, elle est essentielle à une agriculture soutenable. Seuls des écosystèmes diversifiés et équilibrés nous permettront de nous passer de pesticides et de faire face aux bouleversements climatiques qui nous attendent.

Il s’agit donc :
- d’interdire les biocides
- de favoriser la diversité des variétés végétales et des espèces animales sélectionnées par l’homme
- de permettre à la biodiversité naturelle de se maintenir (interdictions des monocultures, plantation de haies, etc.)
- de développer des modes de production permettant de rétablir la vie des sols (agro-foresterie, mixité annuelles-vivaces, semis sous couvert végétal, engrais verts, etc.)

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