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Déchets nucléaires

vendredi 6 avril 2012

Vous trouverez ci-dessous les réponses de Philippe Poutou et du Nouveau Parti Anticapitaliste au questionnaire de la CNCIDM.

Vous nous interrogez sur nos propositions en terme de développement de l’incinération comme forme d’énergie renouvelable. Nous estimons que c’est mal poser le problème que de le présenter ainsi.

La France, comme tous les pays occidentaux, croule littéralement sous les déchets. Comme vous le dites page 6 de votre livre blanc, « plus un pays est riche, plus la production de déchets est importante  », autrement dit, les pays riches sont les plus gros gaspilleurs. La politique que nous comptons mener vise avant tout à résoudre le problème à la source et donc à réduire la quantité de déchets produits. Elle est en cohérence avec notre plan de transition énergétique qui repose en grande partie sur les économies d’énergie.

Le capitalisme, dans sa course effrénée aux profits, cherche constamment à augmenter la production de biens vendus, et pousse donc à la surconsommation. Il s’agit donc pour nous de casser cette logique délétère et de favoriser au contraire une société sobre en énergie et en biens consommés. Nous favoriserons donc les objets réparables et réutilisables, les emballages consignés et biodégradables d’une part, et interdirons l’obsolescence programmée, les suremballages, etc. Il est essentiel que la production soit décidée démocratiquement et en fonction de son utilité sociale, et non pas en fonction des profits qu’elle pourrait générer. Il y a d’autre part d’énormes progrès à faire en terme de compostage.

Nous acceptons le fait qu’actuellement on ne peut pas se passer d’incinérateurs ET de décharges. Cela prouve bien que c’est prioritairement au niveau de la production que nos efforts doivent se concentrer afin de limiter au maximum voire éliminer les objets fabriqués à partir de matériaux non recyclables. C’est donc tous les procédés de production qui doivent être remis à plat. Pour reprendre un exemple que vous citez page 7, le bois est utilisé dans la construction depuis des millénaires et ce n’est que depuis peu, qu’il est traité avec des produits chimiques toxiques.

Ce que vous appelez valorisation matière (les mâchefers) nous pose aussi problème. En effet, une partie des mâchefers ne sont tout bonnement pas utilisables et finissent donc en décharge ultime. Pour les autres, leur innocuité n’est pas avérée. D’ailleurs ils ne peuvent pas être utilisés n’importe comment (interdiction dans les zones inondables, utilisation dans les gros chantiers de travaux publics de manière à pouvoir surveiller la mise en oeuvre et leur éventuelle dégradation dans le temps…) Leur stabilité devrait être étudiée sur plusieurs dizaines d’années et nous jugeons qu’ils posent un risque potentiel en particulier sur la qualité des eaux de surface ou des nappes phréatiques.

Sur la santé et l’environnement, nous ne sommes pas convaincus par vos arguments. Nous acceptons que les incinérateurs modernes sont moins polluants que les anciens. Mais, quand même, lorsque vous écrivez page 10 que les émissions de mercure ont baissé de 75 % de 1990 à 2009, ce sont les 25 % restants qui nous inquiètent. Que l’excès de risque de cancer soit plus faible pour les riverains d’incinérateurs que pour les fumeurs n’est pas non plus pour nous rassurer. Si le fait que la contribution des incinérateurs à la production totale de dioxines ait baissé est évidemment une bonne chose, il n’en reste pas moins que les dioxines sont hautement cancérigènes et c’est donc à leur élimination que nous devons travailler.

Les Refiom eux aussi posent un problème environnemental : leur stockage dans des décharges spécialisées n’est guère convaincant car on ne sait pas pendant combien de temps ils resteront dans un état stabilisé. Quant à la solution de l’exportation vers l’Allemagne, elle est pour nous totalement inacceptable car nous estimons que tous les déchets doivent être traités dans le pays où ils ont été produits.

Sur la production énergétique et les émissions de CO2, il n’est pas surprenant que l’incinération soit moins polluante que les énergies fossiles, mais la quantité de gaz à effet de serre produite n’est pas négligeable. Et, nous en revenons au fait qu’il ne nous parait pas judicieux de produire des déchets en vue de produire de l’énergie.

Sur le plan économique, le marché de l’incinération est dominé par de grands groupes privés. Il est clair que quelle que soit la fiscalité, ces groupes ont tout intérêt à augmenter leur production (c’est-à- dire dans ce cas, les quantités incinérées), puisque c’est le consommateur ou le contribuable qui paie in fine (taxe sur les emballages ou taxe sur les ordures ménagères). Nous considérons que le marché du traitement des déchets (tout comme celui de l’énergie et de l’eau) devrait être sous contrôle public.

En ce qui concerne les emplois de la filière, toutes les méthodes pour traiter les déchets créent des emplois, il s’agit donc pour nous de choisir les méthodes les plus compatibles avec un programme réellement écologique. Pour conclure : confrontés comme nous le sommes à ce qui est probablement la plus grave crise environnementale de l’histoire de l’humanité, il n’est pas acceptable de faire partir en fumée des ressources naturelles non renouvelables, ressources dont pour certaines, nous allons manquer d’ici quelques dizaines d’années. Quant aux 57 % des déchets dont vous indiquez page 15 qu’ils proviennent de source biogéniques, il faut faire en sorte qu’ils puissent retourner à la terre, qui est épuisée après des décennies de productivisme agricole.

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