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Réponses à la Confédération Paysanne

mardi 3 avril 2012

REVENUS ET REPARTITION

1 Imposerez-vous pour les produits agricoles des prix plancher qui intègrent la prise en compte des coûts de production afin d’assurer un revenu aux paysans ?

Nous sommes tout à fait partisans de l’application de prix plancher justes. En
effet, les paysans n’ont pas à être éternellement les victimes des baisses,
fluctuations, ou effondrements des cours. D’ailleurs, ceux ci sont fixés arbitrairement,
sans aucun rapport avec la réalité, par des golden boys, des conseils
d’administration, ou des leaders de grands groupes. Il n’est jamais pris en compte
une série de paramètres, comme la réalité du travail humain, l’investissement, ou la
nécessité d’un revenu paysan. Les marchés des denrées agricoles font aussi l’objet
d’une spéculation croissante, au détriment de la profession, et des consommateurs. Il
faut donc administrer tout ça, redonner de la cohérence. Le marché, c’est le chaos.
Les paysans n’ont rien à gagner dans la spéculation des investisseurs, la
compétitivité à outrance, et les projets capitalistes des grandes firmes mondiales. Par
contre, ils n’ont rien à perdre, bien au contraire, dans l’application de prix de base à
la production, issus des discussions qui pourraient être menées, sous l’autorité de
l’état, entre les professionnels des filières et les producteurs, leur garantissant des
moyens corrects d’existence.

2 Défendrez-vous les outils de régulation de la production agricole dont une maîtrise publique de la production laitière et les droits de plantation pour la vigne ?

Nous sommes favorables à une maîtrise rigoureuse de la production, seule
garante de stabilité, et de prix rémunérateurs. Tout dépassement ne peut que
provoquer des prix à la baisse, enfoncer la profession dans l’incertitude. Le libre
Montreuil, le 3 avril 2012marché, sa fuite en avant, et l’application des cours mondiaux seraient une véritable
catastrophe pour la paysannerie. Seule une agriculture très industrialisée pourrait
émerger, occasionnant des dégâts humains, financiers et écologiques irréparables.
Il importe, par ailleurs, de veiller à partager l’outil de production
équitablement, parce que nous pouvons livrer un même volume de lait par exemple,
avec des producteurs à plus d’1,5 million de litres annuel, ou avec de plus petites
unités, à quelques centaines de milliers de litres. Là est toute la différence. On choisit
de satisfaire avec peu de paysans les besoins des populations, ou nous cherchons à
préserver aussi l’emploi paysan et des campagnes vivantes et dynamiques. Nous,
nous optons pour des exploitations nombreuses et à taille humaine.

3 Défendrez-vous le principe de la convergence des aides PAC(prime moyenne unique à l’ha sur tout le territoire) ainsi que le principe d’un plafonnement par actif de 45 000 euros ?

Il n’échappe à personne que la distribution des aides à l’agriculture s’est
toujours opérée de façon totalement injuste. Une minorité se voyant octroyer
l’essentiel des budgets, laissant les plus petits vivre les affres de la pauvreté. Nous
n’oublions pas que la moitié des paysans sont sous-smicards, et que pour bon
nombre d’entre eux la situation est encore bien pire. De véritables rentes de situation
profitent à des exploitants qui sont loin d’être nécessiteux !
Il faut maintenant rééquilibrer ce système, ventiler l’aide publique autrement,
faire en sorte que les petites structures puissent réellement percevoir ce qui leur est
vital. De même, les zones difficiles, et il en existe dans chaque département, doivent
pouvoir pallier une partie de leur handicap par un bonus d’aide publique.
Alors oui, nous défendons une mise à niveau de l’aide publique au plan
national, avec toutefois le projet de faire un effort appuyé en direction des zones les
plus difficiles. Quant au plafonnement par travailleur, nous le réclamons. Vous
souhaitez avancer le chiffre de 45 000 euros, sur la base de vos travaux, les nôtres
ne nous permettent pas d’être encore aussi précis.

4 Maintiendrez-vous les outils locaux indispensables à la relocalisation, transformation et la commercialisation de nos productions(par exemple les abattoirs) et serez-vous soucieux d’adapter les normes sanitaires aux réalités des productions fermières ?

Nous sommes très attachés à défendre les solutions qui concourent à garantir
localement le maintien de l’activité économique, et de l’emploi, qu’il soit agricole,
public, commercial, artisanal ou industriel. Dans cette idée, et en rapport avec
l’agriculture, nous dénonçons la logique des entreprises qui phagocytent les plus
petites unités, les rayant de la carte. Cette dynamique de fusion- disparition, en
dehors du fait qu’elle provoque les licenciements, pénalise aussi cruellement
l’agriculteur dans ses activités. Le paysan a besoin d’un environnement propice au développement de son
activité. Aussi, il convient de maintenir sur place toutes les infrastructures utiles
existantes. De la même façon, nous plaidons pour que l’activité agricole ne soit pas
sans cesse repoussée loin des grands centres urbains, sièges de bassin de
consommation. Il y a une place à défendre pour l’agriculture périe-urbaine.
Rapprocher les producteurs des consommateurs, c’est aussi faire un choix
écologiquement responsable.
Quant aux normes sanitaires draconiennes qui ne cessent de peser sur les
agriculteurs engagés dans la vente directe, nous pensons qu’elles résultent de la
pression de technocrates français et européens, et des industriels jaloux de se voir
disputer des parts de marché. Les normes ne peuvent en aucun cas être les mêmes
pour un industriel et un petit paysan.

5 Remettrez-vous en cause la loi sur les semences qui taxent les paysans et les prive à terme de la liberté de ressemer leur production ?

Ressemer est le droit inaliénable du paysan, un point, c’est tout .
Que des grosses firmes semencières capitalistes s’organisent pour mettre à
sac cette évidence, c’est bien l’expression de leur volonté de tout contrôler pour
empocher un maximum de royalties. Quand ces grands groupes font des bénéfices,
est ce qu’ils nous rendent des dividendes ? C’est nous qui devrions leur demander
quelque chose pour le travail de sélection, sur lequel ils s’appuient, accompli par des
générations et des générations de paysans depuis le néolithique, jusqu’aujourd’hui !
Nous réfutons cette loi sur les certificats d’obtention végétale qui autorisera les
semenciers à taxer les paysans. Nous défendons le droit essentiel de chacun à
utiliser sa semence, de trier à façon, de se passer des services de ces grosses
firmes qui répandent leurs sales coups dans le monde entier.

FONCIER,ACCES AU FONCIER

6 Lutterez-vous pour rétablir, y compris par la loi, un véritable contrôle des structures, outil indispensable pour limiter la concentration démesurée des exploitations agricoles et qui permet, notamment aux jeunes, l’accès au foncier et contribue à freiner l’artificialisation des terres agricoles(200 ha/jour)

C’est une question centrale pour l’avenir de la petite et moyenne paysannerie.
L’outil de travail est convoité nuit et jour, par tous les moyens, par les plus gros
exploitants. Rien ne s’oppose efficacement à leur agrandissement. Paradoxe,
ailleurs, de vastes zones, plus ingrates, se désertifient.
Nous pensons que l’état, au travers d’une commission paritaire, devrait se
porter acquéreur de fermes se libérant, afin de les rétrocéder, à des jeunes,notamment, sous forme de baux de carrière. L’exploitant rentre dans les lieux, paie
son loyer, n’a donc pas de foncier à acheter. Il s’évite de gréver son revenu par des
annuités de remboursements trop élevées. En fin de carrière, s’il a amélioré
l’exploitation, il est indemnisé, s’il l’a dégradé, il, est soumis au paiement d’un
défraiement. C’était une des revendications des travailleurs paysans, et nous n’avons
cessé d’y être attachés.
Quand à l’artificialisation des terres et au mitage des territoires, ce ne sont pas
des sujets anodins. Nous avons tous en tête, des résistances au bétonnage de
terres fertiles( aéroport de Nantes , autoroutes, voies TGV, extension de centres
urbains...), mais il faut aller plus loin. Les commissions paritaires évoquées plus haut,
pourraient jouer un rôle majeur en matière de développement rural et d’urbanisme.

7 Interdirez-vous l’usage à des fins énergétiques(photovoltaïque au sol, agrocarburants) des terres agricoles dont la vocation doit rester alimentaire ?

Deux choses très différentes contenues dans la question. D’une part, nous
sommes pour toutes les énergies renouvelables susceptibles de remplacer à terme
le nucléaire, dont le photovoltaïque. Mais il est vrai qu’installer ça par terre, quand on
peut le mettre sur des hangars, immeubles, bâtiments d’usine, c’est pénalisant pour
l’agriculture. Par contre quand il s’agit d’agrocarburants, nous nous élevons contre
cette imposture industrielle. Le bilan énergétique de ces carburants est nul, voire
pire... C’est l’exemple type de la fausse bonne solution verte. Surtout si nous
considérons les surfaces retirées de l’alimentation pour faire rouler nos bagnoles.
Une partie de l’offre alimentaire est détournée, vers un autre secteur, renchérissant
le prix des denrées. A l’exemple du maïs mexicain et nord américain utilisé en
essence, et qui a provoqué la hausse du coût de la farine, donc de la tortilla, et les
émeutes qui s’en suivirent.

DROITS DES PAYSANS

8 Mettrez-vous en place une retraite minimale de 1000 euros(85 % du smic) pour une retraite complète en agriculture et reconnaitrez-vous comme paysans à part entière, avec des droits et un statut, les 70 000 cotisants solidaires à titre principal de la MSA ?

Qu’il faille faire faire un bond qualitatif aux retraites agricoles, coule de source,
on part de si loin ! Nul ne peut vivre correctement, au terme d’une carrière souvent
longue et éprouvante, avec une retraite ordinaire. La proposition que vous formulez
dans la question, peut être une bonne base de départ pour une discussion. Dans
l’absolu, nous pensons qu’aucun travailleur ne doit être payé en dessous de 1700
euros, et que nous devons augmenter tous les minimas sociaux, immédiatement, de
300 euros.Pour ce qui concerne les cotisants solidaires, leur totale reconnaissance est
un impératif. En réalité, ce sont des exploitants sur de petites structures. voilà leur
seule différence, ce pour quoi ils sont ostracisés.

9 Maintiendrez-vous la position de la France au sein de l’union Européenne, celle d’un pays exempt d’OGM, en interdisant leur culture et leur commercialisation pour l’alimentation animale et humaine, et mettrez-vous tout en oeuvre pour faire une Europe sans OGM y compris en luttant contre l’importation de plantes génétiquement modifiées source de distorsions au niveau européen ?

Nous continuerons de nous opposer à l’expérimentation et au développement
des OGM, ici comme ailleurs. Nous n’acceptons pas que les multinationales de
l’agrobusiness nous imposent notre alimentation par le biais des semences qu’elles
brevètent. Ces firmes détruisent la souveraineté alimentaire des pays pauvres, en
faisant courir d’énormes risques aux écosystèmes.
Nous ne cesserons de défendre les faucheurs volontaires.
De la même façon que nous défendons l’idée d’une harmonisation sociale
européenne par le haut, nous lutterons pour une position commune contre le
commerce et l’implantation des OGM en Europe.

10. Réaffirmerez-vous l’indispensable nécessité d’un fonctionnement

démocratique et transparent de toutes les instances agricoles et imposerezvous, par la loi, le pluralisme syndical dans les interprofessions ?

La bataille que vous avez longuement menée pour la reconnaissance
de votre représentativité n’a pas totalement abouti. C’est malheureusement un
combat permanent. Les résistances sont tenaces, tant les habitudes de cogestion
des instances avec le syndicalisme majoritaire sont fortes. C’est un tête à tête qui
dure maintenant depuis des décennies. Des ministres de l’agriculture, des dirigeants
de l’agroalimentaire, des responsables d’associations nationales de producteurs,
directement issus des rangs de la FNSEA, font obstacle à votre présence en biens
des endroits. C’est qu’une autre voix dans la profession, même minoritaire, c’est
perturbant pour ceux qui entendent continuer de gérer le système à leur avantage...

Nous exigeons la reconnaissance totale des syndicats, avec les droits qui en
résultent.