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La Santé des Femmes au Travail

lundi 2 avril 2012

La question de la santé des femmes au travail doit nous amener à poser un autre regard sur le travail. La politique d’austérité fait particulièrement payer la crise aux femmes. Les coupes dans les budgets publics ont pour effet d’accroître les inégalités, le chômage des femmes, leur travail invisible dans la sphère domestique, la féminisation de la pauvreté, la précarisation de l’emploi. Et, les politiques en santé et sécurité n’abordent généralement pas la dimension de genre. Or le fait de ne pas prendre en compte cette problématique constitue une barrière à la mise en place de politiques efficaces de santé au travail et d’égalité des chances.

D’une part, le capitalisme s’appuie sur la division sexuelle du travail : la contribution des femmes à la satisfaction des besoins collectifs (reproduction, travail domestique, éducation des enfants et soins aux malades et personnes âgées) reste délibérément ignorée (80 % des tâches domestiques sont assurées par les femmes). Pourtant ce travail gratuit et imperceptible est indispensable au fonctionnement de l’économie qui évacue ainsi les coûts de reproduction et d’entretien de la force de travail. D’autre part, la précarisation de l’organisation du travail (expliquée légitime économiquement par la « nécessaire compétitivité ») rend volontairement invisibles les maladies professionnelles. Elle entraîne un nivellement par le bas des conditions de réalisation du travail et des modes de rémunération (à travail égal, les femmes gagnent 27 % de moins que les hommes) ; dans ce contexte, l’impact sur la sphère psychique est particulièrement important. Or, cette spirale sociale descendante agresse particulièrement les femmes aujourd’hui.

Cette oppression des femmes (46 % de la population active, 80 % des bas salaires, 78 % des emplois non qualifiés) a pour conséquence de diviser les salariés(ées) en fonction de leur sexe, d’indemniser de façon partielle le chômage, de diminuer les retraites, de fragiliser les droits acquis, de parcelliser la classe ouvrière. C’est une véritable arme pour le patronat !.

Les risques au travail vécus par les femmes sont subtils et complexes, avec souvent des effets cumulatifs ; les maladies professionnelles se développent plus lentement et sont donc plus difficiles à faire reconnaître :

- les troubles musculo-squelettiques (TMS), un des problèmes les plus répandus, dû surtout à la fréquence, la durée et les exigences physiques d’une activité ainsi qu’à la position dans laquelle se trouvent le cou, le dos et les membres durant l’exécution de l’activité, l’effort statique soutenu tel la station debout (pour les coiffeuses, les vendeuses au détail). Il faut ajouter la surcharge de travail, sa monotonie, le temps limité et contrôlé pour l’exercice des tâches, le stress... Exemple des caissières : un client toutes les 2 minutes, un article toutes les 3 secondes, des tonnes soulevées en fin de journée !... Un autre exemple instructif : pour plus de 170 000 syndromes du canal carpien opérés par an (concernant particulièrement les câbleuses travaillant à la chaîne), seulement 12 000 sont reconnus en maladie professionnelle et donc pris en charge par la caisse AT/MP ! Les TMS touchent 60 % des femmes, au travail et par le travail
- les troubles de la peau, dermatites de contact irritant ou allergique, particulièrement pour les femmes migrantes, en majorité femmes de ménage ou femmes de service
- les problèmes de menstruation irrégulière ou douloureuse dus à l’exposition aux horaires variables, à la charge psychologique du travail…

Il faut ajouter que les femmes, fuyants les loyers prohibitifs, expatrient leur famille loin du lieu de travail et ont des trajets de plus en plus longs et tous les jours (45 % des accidents de la route sont des accidents de trajet).

Ces risques (ajoutés aux contraintes familiales) ont des conséquences d’ordre psycho-social : le stress, résultat d’un ensemble de facteurs : horaire surchargé, environnement de travail difficile. Ces maladies sont souvent attribuées à l’imaginaire des femmes plutôt qu’à leur travail ; ce ne sont pas de "vraies" maladies. Aussi, les problèmes de santé des femmes reliés au travail sont moins souvent reconnus et les femmes moins souvent indemnisées.

La violence en milieu de travail se traduit par :

  1. la violence physique (crachats, gestes menaçants...)
  2. le harcèlement sexuel (90 % des travailleuses ont souffert d’une forme de harcèlement sexuel dans le cadre de leur travail : affiche, commentaire sexiste, gestes « déplacés »,… agression sexuelle).
  3. le harcèlement psychologique - intimidation et harcèlement moral : l’atteinte à la dignité et à l’intégrité physique et psychique d’une travailleuse.

La violence par le travail : surcharge de travail, cadence rapide, pression des supérieurs hiérarchiques au nom de la rentabilité et de la clientèle, introduction de nouvelles technologies, manque de formation (pour accéder au savoir, il faut des disponibilités financières et du temps), gestion du personnel en pool (typiquement féminin), changements imprévus d’horaire, la mise en place des 35 heures sans embauche…

Impact de la souffrance au travail : conséquence immédiate et à long terme pour la santé physique et mentale : tremblements, nausée, insomnie, perte d’appétit, peur, honte, culpabilité, colère, irritabilité, anxiété... abus de tabac, d’alcool et de drogues... dépressions, suicides (le syndrome de stress post-traumatique (SSPT) en est l’illustration type). La plupart du temps, elles ne rapportent pas les agressions qu’elles subissent à cause de leur vulnérabilité sur le marché du travail et par peur que ce soit interprété comme un manque de compétence et de professionnalisme. 68 % des femmes travaillent à un niveau élevé de stress, conséquence directe des conditions de travail (objectif à atteindre, pression...), des changements dans l’environnement professionnel, des frustrations (rémunérations et carrière décevante, absence de sens dans le travail, incertitude face à l’avenir).

Il est clair que c’est le système qui est harceleur, violent, qui fait souffrir et qui tue !... et il y a urgence à se battre contre cette violence.

Aussi, afin de décharger les femmes et leur permettre d’être actives dans les meilleures conditions, il faut, parallèlement au changement des pratiques et au partage des tâches domestiques et parentales :
- développer des services publics de proximité gratuits d’accueil de la petite enfance et de prise en charge des personnes dépendantes (1 enfant sur 10 seulement bénéficie d’une place en crèche ou halte-garderie),
- octroyer un statut d’indépendance financière (par rapport aux employeurs) à tous les professionnels de la santé au travail, avec des visites médicales régulières, particulièrement pour celles soumises à des horaires décalés, au travail de nuit, pour les femmes enceintes ou reprenant le travail après un congé de maternité
- reconnaître les accidents de travail et maladies professionnelles avec "réparation intégrale"en y incluant les psychopathologies et cancers professionnels
- implanter des structures de santé et sécurité au travail, gérées par les salariés(ées), afin d’évaluer systématiquement les contraintes ergonomiques, les risques professionnels, avant d’édicter des réglementations pour le respect et le besoin de reconnaissance des travailleuses (environnement du travail, organisation du travail). Il faudra tenir compte que le travail ne se résume pas au seul travail salarié visible, imposer une vraie politique de prévention - question de santé publique – et ne pas laisser « la santé au travail des femmes » aux mains des contrôleurs, des soi-disants experts et des patrons.

La santé des femmes au travail doit être l’objet d’une pensée collective, pour construire une réponse à la dégradation de l’emploi, à la réalisation des droits sociaux, à la lutte contre les inégalités salariales entre les hommes et les femmes. La dynamique de genre en est, assurément, un moteur essentiel !

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