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La Bourse

mardi 20 mars 2012

Réponses aux questions de Boursier.com

Boursier.com : Elu président de la République, fermez-vous la Bourse ?

A priori oui. D’aucuns pensent que la Bourse serait une sorte de poumon financier indispensable de l’économie. C’est faux. C’est un mode de financement très particulier de l’économie et des entreprises, qui d’ailleurs n’était pas du tout aussi important qu’aujourd’hui, pendant les trente décennies qui ont suivi la seconde guerre mondiale. Curieux : la Bourse est redevenue centrale depuis trente ans, soit une période où la croissance a été beaucoup plus molle (et pourvoyeuse de chômage et d’inégalités sociales) qu’auparavant. C’est que le triomphe de la Bourse c’est celui de la libre circulation des capitaux, l’épanouissement de ce qu’on appelle le « capitalisme financier », où c’est le profit privé à court terme qui dirige les entreprises… et les dissuade d’opter pour des stratégies rationnelles de long terme. Nous ne voulons plus que l’économie vive au rythme des cours de Bourse, où l’indice Cac 40 monte quand on annonce des licenciements par exemple. Paradoxe d’ailleurs : depuis de nombreuses années, les entreprises cotées en Bourse versent plus d’argent aux actionnaires qu’elles n’en reçoivent pour financer leur activité…

Bien sûr, les lecteurs de Boursier.com, qui après tout sont peut-être nombreux à jouer à la Bourse, peuvent se rassurer sur nos intentions en se disant… que Philippe Poutou n’est pas (encore) le favori des sondages ! Ils auraient tort, car la Bourse se fermera peut-être toute seule. Le capitalisme est aujourd’hui dans une telle impasse qu’il se savonne la planche lui-même, les mouvements de panique financière sont irrationnels (comme on l’a vu en 2008), et peuvent faire s’effondrer les cours… si les Etats ne venaient à leur secours à coups de centaines de milliards de dollars et d’euros. Alors nous posons à notre tour une question : et si les salariés et les peuples en avaient assez de payer (et travailler dur) pour sauver les marchés financiers, qu’arriverait-il à la Bourse ?

Boursier.com : vous souhaitez nationaliser un certain nombre d’entreprises cotées en Bourse. Lesquelles ? Et cela se fera-t-il au rabais, au détriment des actionnaires actuels de ces sociétés ?

Nous avons deux priorités :

les grandes entreprises de l’énergie, Total, EDF, GDF-Suez, Areva, doivent être saisies pour constituer un service public unifié de l’énergie, car l’emprise du profit privé sur ces groupes s’oppose à la satisfaction de besoins sociaux élémentaires et à une nécessaire transition énergétique de nos économies. Les banques et les grands groupes financiers, pour constituer un service public bancaire unifié, qui permettrait d’investir réellement, y compris dans la longue durée, nécessaire aux investissements les plus ambitieux, pour le développement économique, et là encore pour répondre à des nécessités sociales et écologiques.

Il s’agirait bien d’un rachat « au rabais », et même d’une expropriation pure et simple. Les actionnaires crieront évidemment à la spoliation. Mais en réalité la puissance économique de ces groupes, énergétiques et financiers, doit grandement à des sommes gigantesques que l’Etat y a investi pendant des décennies, avant de livrer ces entreprises (devenues rentables) aux actionnaires privés, et justement « au rabais ». En France d’ailleurs, l’Etat s’est en réalité considérablement endetté depuis trois ans y compris pour sauver le secteur financier, mais il a laissé les grands actionnaires privés garder le contrôle… et davantage spéculer que financer l’économie réelle. Un comble ! « Nationaliser au rabais » ne serait donc qu’un assez juste retour des choses, et une mesure indispensable pour sortir de l’impasse actuelle. Reste que le mot « nationalisation » est un peu ambigu, car trop souvent l’Etat a récupéré, renfloué puis revendu des entreprises, en se mettant au service d’intérêts privés, et pas du tout avec le contrôle des salariés et de la population. C’est ce contrôle social qui nous semble essentiel.

Boursier.com : Quelles mesures spécifiques prendrez-vous concernant les banques ?

Comme on vient de le dire, saisie des banques, et constitution d’un service public bancaire unifié. Nous rejetons toute la politique actuelle consistant à enrichir les propriétaires et dirigeants des banques ne serait-ce qu’en les alimentant des intérêts de la dette (la BCE prête de l’argent aux banques à 1 % de taux d’intérêt, qu’elles prêtent ensuite aux Etats à 3 %, 5 % et même plus aux Etats !). Nous voulons aller aussi loin dans la saisie de ces groupes parce que nous ne croyons pas à l’efficacité durable de demi-mesures de régulation, comme la séparation entre banques de dépôt et banques d’affaires, l’interdiction de certaines opérations financières et de certains produits financiers (la titrisation, et aussi tout ce qui consiste à spéculer sur les prix des actifs, soit l’essentiel des opérations de la finance moderne), même si ce serait la moindre des choses, une mesure de prudence élémentaire que les incendiaires qui nous gouvernent n’ont même pas voulu prendre.

Boursier.com : Dans votre dénonciation du système financier, les actionnaires individuels, petits porteurs, sont-ils aussi coupables à vos yeux que les fonds d’investissement ?

Pas du tout. Il peut y avoir un gouffre entre d’une part les petits épargnants jouant des économies à la Bourse, et d’autre part les grandes fortunes privées et les groupes financiers qui gèrent des centaines de milliards d’euros. D’ailleurs, dans l’histoire du capitalisme, les petits porteurs ont souvent été traités comme des « gogos » par les « capitaines d’industrie » de la Bourse. Rappelez-vous le scandale du Canal de Panama il y a cent ans, le scandale d’Eurotunnel il y a dix ans ! C’est le même scénario : on promet monts et merveilles à ceux qui veulent bien mettre des économies dans des chantiers gigantesques et coûteux, sans rentabilité possible… puis c’est la faillite. Restent les actifs, pleins d’avenir, qu’on revend pour pas grand-chose aux vrais capitalistes. C’est cruel, le capitalisme…

Mais sincèrement : le NPA estime scandaleux que dans la société actuelle, l’on gagne davantage en jouant à la Bourse (ou d’ailleurs en faisant des plus-values immobilières) qu’en travaillant. Depuis trente ans, la progression des revenus du patrimoine a été bien plus élevée que celle des revenus du travail, alors que c’est la productivité croissante du travail qui a permis cela. C’est une spoliation, et c’est injuste et malsain. Nous ne pouvons guère éprouver de grande sympathie pour ceux qui se réjouissent d’un plan social dans une entreprise parce que cela fera fructifier leur (petit) magot financier. Mais nous n’avons pas de leçons de morale à distribuer. Nous savons que des salariés se pensent contraints (quand ils en ont les moyens) de recourir à des fonds de pension pour compléter leur retraite, ou reçoivent de « l’épargne salariale » en actions en complément de salaire. Au risque d’ailleurs de tout perdre, comme certains salariés et retraités en Angleterre et aux Etats-Unis. Il faut donc augmenter les salaires (et par conséquent) les retraites, valoriser le travail et pas les placements financiers.

Boursier.com : Comment comptez-vous pallier au manque de financement privé des entreprises qui suivra vos mesures ?

Répétons-le : les entreprises en Bourse versent plus d’argent aux actionnaires qu’elles n’en reçoivent. Au point même que des entreprises vont jusqu’à s’endetter, ou vendre des actifs précieux et pleins d’avenir, pour maintenir ou augmenter les dividendes. Juste un drôle de chiffre : entre 1970 et 2010 la part des dividendes dans les profits des entreprises est passée de 12 % à 30 % (selon l’Insee). Pour les entreprises du Cac 40 c’est maintenant 50 %. Eh bien le taux d’investissement lui a baissé (18 % contre 22 %) et la part de la Recherche et Développement privées aussi (1,2 % seulement du PIB). Pas glorieux pour le système actuel, non ? Nous, nous voulons vraiment financer l’économie réelle à long terme, pas la parasiter à court terme. Par un système socialisé du crédit, constitué grâce à la saisie des banques.

Boursier.com : Concernant les PME, envisagez-vous des mesures spécifiques pour les aider à se développer ?

Ni niches fiscales, ni mesures protectionnistes, ni baisse des cotisations sociales ! Nous ne voulons pas subventionner les intérêts privés ( des propriétaires de PME) par des fonds publics, ni doper les profits en aidant les patrons à davantage exploiter leurs salariés, ne serait-ce qu’en s’attaquant à la part socialisée des salaires, à la protection sociale. Surtout que ça fait trente ans… que ça ne marche pas et que l’économie est au ralenti. Il faut un système socialisé de crédit, un service public financier unifié, pour aider à produire et investir l’économie réelle (dont font actuellement partie les PME), sur des critères économiques vraiment réfléchis sur le long terme, sur des critères d’utilité pour la société, et écologiquement pertinents

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