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Réponse au Collectif RASED 25

lundi 26 mars 2012

Nous aimerions tout d’abord vous dire que nous soutenons les luttes menées par votre
collectif, comme nous soutenons les luttes qui sont menées par les différents collectifs
locaux.

Cette année, nous dénonçons les 14 000 nouvelles suppressions de postes qui viennent
s’ajouter aux 100 000 depuis 2005. Cela signifie la fin totale des RASED qui aident les
élèves en difficulté, ainsi que des moyens de remplacement dans le 1er degré, ceci afin que
soit embauché des enseignants vacataires, ce que nous contestons.

Dans le cadre de la carte scolaire, nous avons manifesté avec les parents d’élèves et les
enseignants contre les fermetures de postes quels qu’ils soient (remplaçants ; personnels
des RASED ; psychologues scolaires…) et avons exigé qu’aucune fermeture de poste n’ait
lieu, comme nous exigeons la restitution des 100 000 postes supprimés depuis 2005.
L’aide apportée par les enseignant-es spécialisé-es est nécessaire, et nous revendiquons un
nombre d’enseignant-es spécialisé-es à la hauteur des besoins.

Cependant, la difficulté et l’échec scolaire sont des problèmes de fond qui nécessitent aussi
des réponses à plus long terme pour en finir avec celui-ci. C’est pourquoi nous joignons à
cette lettre, quelques unes de nos mesures d’urgence concernant l’Education nationale et
notamment les élèves en difficulté scolaire.

Depuis plusieurs années, l’enseignement public est la cible d’une série ininterrompue
de coups. Malgré la résistance des personnels, des usagers, des parents, des
lycéens et des étudiants, qui s’est manifestée à de maintes reprises, faute d’une
stratégie syndicale visant à centraliser et à diriger les luttes contre le gouvernement, les
contre-réformes se sont mises en place progressivement. Aujourd’hui, l’enseignement public
est déjà bien dégradé par les décisions prises par le gouvernement Sarkozy.

Dans la pratique, les 100 000 suppressions de postes décidées depuis 2005, ont notamment
conduit à l’augmentation des effectifs par classe, l’explosion du volume d’heures supplémentaires,
la disparition des postes de remplaçants et celle d’enseignants spécialisés (RASED),
la suppression d’un temps important d’enseignement pour les élèves, l’embauche de
personnels précaires dans tous les corps de métier. Les dispositifs de fichage généralisé des
élèves (Base élève, évaluations nationales, livret personnel de compétence) organisent une
traçabilité des « performances » dès la maternelle jusqu’à Pôle Emploi. Le blocage des
salaires est un coup de plus porté aux personnels.

Le Nouveau Parti Anticapitaliste milite pour que les personnels de l’enseignement public
soient en mesure d’infliger une défaite décisive au gouvernement Sarkozy, à l’UMP et à leurs
donneurs d’ordre du MEDEF. Pour reprendre l’initiative, discuter tous ensemble de l’école
que nous voulons et ouvrir la voie à la satisfaction de nos revendications, pour aller au-delà
de la défense de l’école actuelle.

Il faut poursuivre le mouvement de progression du droit à l’éducation

Le système éducatif français est très inégalitaire, entre public et privé, entre « bons » et
« mauvais » établissements, système de « dérogations » et de « secteurs scolaires »
obscurs. Et les réformes en cours donnent toujours plus à ceux qui avaient déjà beaucoup.

La suppression du collège unique et la contre-réforme du lycée à la carte, même si collèges
et lycées sont des lieux de sélection, signent le renoncement explicite à des avancées dans
la massification éducative. L’abandon d’une année de maternelle, d’une année de formation
en lycée professionnel sont également de graves reculs. La multiplication des
« orientations » dès 14 ans, des filières maquillées en options et des parcours imposés avec
des classes « au rabais » sont une manière de masquer la sélection organisée par l’Etat
pour faire baisser les « coûts ».

- Pour démocratiser l’école, nous refusons toute orientation ou sélection avant 18
ans. Les enfants et les jeunes doivent pouvoir acquérir ensemble une éducation
commune avant le choix d’un parcours professionnel quel qu’il soit.

- Nous défendons la possibilité de scolariser les enfants dès 2 ans, dans des
maternelles à petits effectifs, nous défendons le droit à la scolarité de l’ensemble des
jeunes handicapés, avec des personnels formés et titulaires, avec toutes les
adaptations nécessaires, nous défendons le droit de tous les jeunes à une culture
commune et partagée comprenant l’accès à l’ensemble des disciplines.

- Nous demandons la création d’un service public de la petite enfance, permettant
de créer des lieux d’accueil gratuits et diversifiés, avec des salariés formés.

Il faut porter l’exigence d’une culture commune

L’école n’a de sens que si tous et toutes les élèves parviennent réellement à la maîtrise
des objets de culture, débarrassés d’une culture de classe ou de caste ou encore
sexuée. Dans notre société non démocratique divisée en classes sociales, l’école ne peut à
elle seule changer la société mais le niveau acquis par l’ensemble de la population permet
les combats qui atténuent les divisions et les discriminations sociales.

Les formations dispensées dans le cycle commun jusqu’à 18 ans doivent être polyvalentes :
associer formation générale et formation technique pour tous et toutes.
Nous ne voulons pas d’un monde où travail « manuel » et « intellectuel » sont séparés. La
manière dont ces connaissances sont acquises par les élèves n’est pas anodine et tout doit
être mis en oeuvre pour que ces connaissances soient mises en réseau pour comprendre le
monde et non une accumulation strictement mémorisée.

Nous ne pensons pas que l’école peut à elle seule changer la société progressivement, ni
même qu’elle peut à elle seule permettre aux jeunes d’acquérir tous les savoirs. Il faut des
centres d’activités sportives et culturelles, des médiathèques, des colonies de vacances des
centres de quartiers : tous les acquis de l’éducation populaire doivent être défendus. Les
enfants et les jeunes ont besoin de voyages, d’autres contacts avec l’art, d’expériences du
monde, d’activités partagées entre pairs.

- Nous refusons toute forme d’orientation précoce, toute idée de « dons » pour tel
ou tel métier qui imposerait aux uns d’apprendre la philo et jamais la soudure et aux
autres l’inverse.

- Nous nous battons pour une éducation coopérative qui exclut l’individualisme et
la compétition et qui se donne pour but l’acquisition de savoirs émancipateurs et
d’une éthique qui inclut le respect des personnes, le rejet des discriminations, et le
respect de la planète.

- Nous refusons les notes et les classements : lutter contre les livrets de
compétences ne signifie pas qu’il faille accepter l’ancien système de compétition
chiffrée.

Pour en finir avec les difficultés et les échecs scolaires

L’échec ou les difficultés scolaires touchent en très grande majorité des jeunes des
milieux populaires. Dans le système actuel, les « aptitudes » et le « mérite » de
chacun-e sont mis en avant pour masquer la réalité sociale de l’échec et de la difficulté
scolaire. Pour nous l’école ne se divise pas entre la « réussite » de quelques uns et
« l’échec » des autres, dans le système actuel où l’élève et sa famille sont tenus pour
responsables de celui-ci (Aide Personnalisée…).

C’est d’abord dans le cadre d’un projet général d’émancipation sociale qu’il est possible pour
l’école de s’adapter à la diversité des progrès des élèves, sans que cela ne soit le masque
démagogique d’un abaissement du niveau de la formation.

Sans cela, « l’égalité des chances » est un mythe fait pour exonérer la société actuelle de sa
responsabilité dans les carences du système éducatif et les faire retomber sur les individus.

- Nous refusons que l’école soit une « chance » qui permette à quelques uns de
« s ‘en sortir ». Pour nous l’école est un droit qui fait que chaque jeune peut acquérir
des savoirs réels, lui permettant de comprendre le monde, de réfléchir à ce qu’il faut
faire, et de trouver son autonomie par une formation professionnelle, à l’issue de ce
parcours de formation partagé.

- Pour en finir avec l’échec social de l’école qui met en difficulté les jeunes des
milieux populaires, il faut d’abord des mesures sociales qui améliorent la vie de tous :
droit au logement décent, droit au travail pour leurs parents, droit aux soins gratuits,
droits sociaux qui sont le socle nécessaire d’une éducation. Puis il faut en finir avec la
hiérarchisation des disciplines, avec l’apprentissage en savoirs morcelés, et les
rythmes scolaires qui imposent à tous de marcher d’un même pas. Il faut repenser
jusqu’aux locaux scolaires et la taille des établissements. Chaque jeune doit pouvoir
être connu et reconnu, et son parcours d’apprentissage doit pouvoir être adapté, sans
logique d’échec.

P.-S.

Copyright photo : Photothèque Rouge/JMB