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Débat sur la dette

samedi 17 mars 2012

Réponse au débat de Newsring

1/ Cette dette publique est décidément illégitime. La réponse de Benoît Hamon est intéressante. Il répond d’abord : « Cela paraît compliqué de ne pas rembourser l’argent que l’on doit, même si cette dette peut paraître illégitime ». Mais le premier problème est là justement. La population « doit-elle » cet argent ? La dette publique actuelle est le résultat, en France comme dans bien d’autres pays, à la fois de la politique de sauvetage du système financier en 2008 (ce que reconnaît Benoît Hamon), et d’une longue succession de cadeaux fiscaux faits aux plus fortunés, directement ou indirectement (via les entreprises, qu’ils possèdent). La dette est même devenue le cœur du fonctionnement actuel, libéral et financiarisé, du capitalisme. Les riches paient moins d’impôts, et rentabilisent en plus cette économie en prêtant à l’Etat. Ça dure depuis des années et des années, la dette est devenue une poule aux œufs d’or pour les riches, les fortunes, et les groupes qui les gèrent. C’est ce système qui, comme on sait, a mené le monde à la crise actuelle (après lui avoir imposé une longue durée de croissance molle, avec chômage de masse et explosion des inégalités sociales). Il n’y a pas d’obligation morale à payer la dette, et nous ne sommes pas d’accord avec Edwin Le Héron quand il dit : « il en va de la démocratie » ! Bien au contraire, il en va de la démocratie de faire cesser ce parasitisme des richesses de la société par la rente, par la finance, et de remettre en cause, justement, le pouvoir des marchés financiers sur l’Etat et la société.

2/ D’où la deuxième remarque. Est-il fou de vouloir dénoncer ces dettes publiques, sur le plan économique, sur le plan des conséquences qui en résulteraient ? Evidemment notre proposition ne peut pas être déconnectée d’une perspective anticapitaliste, c’est-à-dire d’une remise en cause du respect de la propriété privée des capitaux, des fortunes (puisque ce serait une forme de « spoliation » comme disait Jean-François Copé !), et de la finance capitaliste. Chacun sait que le système bancaire, sur ses bases actuelles, et l’essentiel des groupes financiers, ne peuvent pas survivre à une annulation des dettes publiques. Ils seraient en faillite, et il serait donc nécessaire de sauver les banques non en les renflouant à prix d’or tout en les laissant à des mains privées… et bien peu reconnaissantes, comme en 2008, mais en en en faisant un service public financier unifié, comme le dit notre programme, un « système socialisé du crédit », comme le dit par exemple l’économiste Frédéric Lordon. Sauver les banques, pas les banquiers ! Ce serait jeter les bases d’un fonctionnement bien différent de l’économie, celui que nous appelons de nos vœux, pour répondre aux besoins sociaux, financer une transition écologique et énergétique, financer un développement de l’économie plus rationnellement que les investissements privés erratiques guidés par le seul profit privé à court terme.

3/ Mais au fait –troisième remarque- est-il par ailleurs plus « raisonnable » de vouloir à tout prix payer la dette publique aux créanciers privés ? Et il s’agit là encore de répondre à Benoît Hamon (et son candidat !). En Grèce, la volonté de faire payer la dette à coup d’austérité mène où on sait. De terribles souffrances pour les Grecs et finalement... un défaut important sur la dette ! Mais l’Europe dans son ensemble, où va-t-elle, sous la férule de ses dirigeants actuels, soucieux de préserver les patrimoines et les groupes financiers en honorant toutes ces créances ? Ils sacrifient les services publics, les salaires, les emplois, et finalement le développement économique à court comme à long terme. Ils agissent en « extrémistes » à leur façon, puisqu’après tout ils exproprient les travailleurs et les peuples pour nourrir la finance. Ils mettent même en danger l’idéal européen, et attisent les pires nationalismes.

4/ Bien sûr, c’est compréhensible que des économistes, et des militants (et des économistes-militants, par exemple chez les « économistes atterrés », chez lesquels le débat est lancé sur cette question), cherchent des solutions « intermédiaires », moins radicales, pour rogner la dette d’une certaine façon, baisser son poids sur la société et l’économie, ou la rendre « soutenable », comme dit Michel Aglietta dans sa contribution. Mais comment donc ? Pour certains, avec des biais techniques (la « monétisation de la dette », l’achat direct des titres de dette par la BCE etc.) il s’agirait en fait de mettre un zest d’inflation, et d’espérer dans la croissance (c’est ce cocktail qui a effectivement fait fondre la dette publique après 1945). Mais l’inflation, ça pose aussi des gros problèmes économiques et sociaux, ça rogne les créances… et les salaires. On fait payer les travailleurs et la population quand même. Ou alors on intervient pour garantir le pouvoir d’achat des salaires… et alors on met les doigts (avec raison !) dans l’anticapitalisme justement. Et on annule quand même les dettes, de fait. Il y a aussi ceux (souvent les mêmes) qui rêvent d’une toute autre politique européenne, rompant avec l’austérité et le libéralisme, avec une politique budgétaire et monétaire européenne différente etc. Mais comment ? Avec quel rapport de force ? Par quelle magie tous les gouvernements européens trouveraient-ils la lumière ? C’est rêver un peu et attendre beaucoup, c’est aussi renoncer à en faire un problème politique clair pour l’ensemble de la population. Mais quand un peuple est confronté de façon dramatique au problème (comme les Grecs aujourd’hui, et peut-être les Français demain, et les Espagnols, et les Italiens…), quand il est au pied du mur, c’est nécessaire de poser clairement cette perspective. Là-dessus, nous disons de façon claire et directe : il ne faut pas payer cette dette. C’est pour ça aussi qu’on veut « politiser la dette de l’Etat » comme dit Jean-Louis Gaillard.

5/ Dernière remarque : l’argumentation de Thomas Coutrot (vice-président d’Attac) est étrange quand il dit que « ne pas rembourser la dette c’est remettre en question la parole donnée par l’Etat ». Cette dette est illégitime, et les gouvernements l’ont constituée non pour les intérêts de la population mais pour enrichir les possédants, et en instaurant durablement un fonctionnement libéral de l’économie et de la société. Cet « Etat » ce n’est pas nous ! C’est l’instrument, malheureusement, d’une sorte de sainte-alliance des soi-disant « élites » politiques et économiques, en symbiose presque totale. Mais Thomas Coutrot signale aussi le risque de léser gravement des petits épargnants, et des retraités ayant des économies dans les fonds de pension (« surtout étrangers »). Mais c’est pour ça qu’un « audit » et un « tribunal de la dette » sont nécessaires, avec des critères clairement assumés, sociaux : il faut défendre les intérêts de ces petits épargnants et sacrifier ceux des grandes fortunes. C’est pour cela qu’on est aussi pour garantir les dépôts, les livrets, les assurance-vie comme on le précisait dans notre texte. Les Islandais (qui ne regrettent pas du tout ce qu’ils ont fait !) ont ainsi fait le tri entre les différents types de gens concernés (les créanciers, les actionnaires, les déposants) quand ils ont mis en faillite leurs banques surendettées sans faire droit aux créances des grandes banques étrangères et des riches spéculateurs ! Mais il faut ajouter quelque chose d’important : il faut que de toute façon on cesse de rémunérer plus le capital que le travail, il est scandaleux que dans cette société, des placements de capitaux (et même de la petite épargne, et l’achat-revente d’obligations, ou d’un appartement parisien) rapportent infiniment plus que le travail. Il faut que des salariés n’attendent pas d’un fonds de pension un complément à leur retraite. Derrière cette discussion sur la dette, décidément, il y a la nécessité de remettre en cause le fonctionnement aberrant de toute la société actuelle.

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