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Au collectif des 39 soignants en psychatrie

samedi 10 mars 2012

Chers amis du collectif des 39

C’est bien volontiers que je réponds aux interpellations de votre manifeste.
Le NPA est, depuis sa création, partie prenante de l’action de votre collectif et des initiatives
qu’il a prises pour combattre la « nuit sécuritaire » imposée par Nicolas Sarkozy à la
psychiatrie. Je ne vous surprendrai donc pas en disant que je partage les préoccupations qui
sont les vôtres et que j’approuve les différents points avancés dans votre document.

Je vais tenter d’y répondre le plus précisément possible.

1) Abrogation des contre réformes mises en place depuis 10 ans

La psychiatrie, est aujourd’hui prise en tenaille entre les contre réformes de l’Hôpital Public
d’une part et les politiques sécuritaires de l’autre.
Comme l’ensemble du service public de santé, la psychiatrie publique est soumise aux
exigences de rentabilité et de productivité de l’Hôpital-Entreprise. Les moyens attribués aux
soins, sont insuffisants. Les pratiques soignantes elles-mêmes sont affectées par une gestion
omniprésente, soumise aux exigences d’un « résultat » immédiat. Accueillir la souffrance
devient dans ces conditions une perte de temps, et traiter à court terme du symptôme une
norme indiscutable. Tout le dispositif de prévention et de soins hors hôpital s’étiole.

Dans le même temps, exploitant sans vergogne les préjugés et les angoisses, N. Sarkozy, a
privilégié une approche purement répressive de la psychiatrie, censée protéger la population
contre la « dangerosité » du fou, avant de soigner des personnes en souffrance.

Je me prononce donc
- pour une abrogation immédiate de l’ensemble de la législation mis en place au cours des
10 dernières années sous le nom de « plan Hôpital 2007 » complété par la loi « Bachelot »
(Hôpital Patients Santé et Territoires)
- pour l’abrogation des lois sécuritaires dont la loi du 5 juillet 2011 et la loi sur la rétention
de sureté de Février 2008.
- Je partage également votre souci d’un budget spécifique et d’une augmentation des
moyens attribués à la psychiatrie. L’expérience a en effet prouvé qu’elle a tendance à être
considérée comme le « parent pauvre » du soin, ce qui se traduit par une perte de moyens.

Les moyens doivent être affectés aux soins, et prioritairement au recrutement de personnel
soignant qualifié, ainsi que de personnel logistique, lui aussi indispensable au bon
fonctionnement de la psychiatrie publique.
Je me prononce à l’inverse pour la suppression du dispositif sécuritaire créé au cours des 5
dernières années. Ses moyens doivent être réorientés vers le soin.

L’abrogation des contre réformes concerne le financement et l’organisation du service public
de santé. C’est-à-dire à la fois la « tarification à l’activité » et la « nouvelle gouvernance ».
La T2A ne doit pas être étendue sous une forme ou une autre (VAP) à la psychiatrie. Elle doit
être totalement abolie pour l’ensemble du système de santé et non aménagée à la marge avec
une reconnaissance un peu meilleure des missions de service public.

Il ne s’agit ni de revenir à l’ancien « budget global » qui était une autre forme de limitation
des dépenses, ni d’inventer de nouveaux indicateurs technocratiques, mais d’arriver à une
définition démocratique des besoins avec les usagers et les professionnels.
Je préconise à ce titre un fonctionnement autogéré des établissements de santé et de la sécurité
sociale, incluant la participation des usagers.

La suppression de la « nouvelle gouvernance » entraine, de fait la disparition des pôles.

La volonté d’imposer un modèle de soin se limitant à l’efficience et au traitement du
symptôme, le refus de reconnaître le patient comme sujet et acteur, est en rapport direct avec
l’offensive menée actuellement contre la psychanalyse La psychanalyse doit être défendue.
Elle doit pouvoir conserver toute sa place tant en exercice public que dans le secteur privé
et à l’Université, à l’heure où le député UMP Fasquelle propose une sorte d’interdiction
professionnelle à son égard dans le domaine de la santé.
Il en va de même pour la psychothérapie institutionnelle.

2) Réaliser (enfin !) la politique de secteur.

Je suis d’accord avec vous pour réaffirmer que le secteur doit être « l’élément central du
dispositif de psychiatrie publique ». Le NPA insiste toutefois sur le fait que le secteur, au sens
ou l’entendaient ses fondateurs reste très largement à faire. Le secteur n’est pas selon nous,
la simple délocalisation d’activités de soins hors de l’Hôpital, mais la présence d’une équipe
soignante, à la disposition d’une population sur un territoire. Cette équipe pluridisciplinaire
doit travailler en lien étroit avec toutes celles et ceux qui s’y trouvent (familles, professionnels
de santé, travailleurs sociaux, élus, enseignants…). Le CMP, et mieux, le centre d’accueil
et de crise ouvert 24h/24 doit être le pivot de ce dispositif, l’hospitalisation n’étant qu’une
modalité des soins. Les financements doivent être adaptées à ce mode d’organisation.
J’ajoute que le NPA est favorable à l’extension de cette organisation à l’ensemble du système
de soins, et notamment à la création de Centres de Santé Publics et Gratuits ouverts 24h :24,
avec des professionnels de service public dans les quartiers et les localités, travaillant en lien
étroit avec l’Hôpital. Le secteur psychiatrique s’y intégrerait.

3) Une formation à la dimension spécifique du soin en psychiatrie.

J’approuve également votre point de vue sur l’importance qui doit être accordée aux questions
de formation des professionnels.
La psychiatrie n’est pas une simple branche de la médecine. La dimension spécifique du soin
psychique suppose une formation de l’ensemble des professionnels à toutes les dimensions de
ce soin. Nous partageons donc votre exigence d’un « enseignement pluraliste avec un apport
nécessaire en psychopathologie, psychanalyse et sciences humaines qui enrichissent nos
pratiques ».

4) Une législation de droit commun

On ne peut combattre les dérives sécuritaires, que si l’on abroge toute législation
discriminatoire à l’égard des personnes souffrant de pathologies psychiatriques. Il ne suffit
donc pas de revenir sur la loi du 5 juillet 2011, mais également d’abroger la loi de 1990.
Celle-ci maintenait en effet traitement discriminatoire à l’égard des « personnes souffrant de
troubles psychiques ».
Je me prononce en faveur d’une nouvelle législation de droit commun, et pour la possibilité,
pour toute personne, privée de sa liberté d’aller et venir, suite à une hospitalisation sous
contrainte, de disposer devant la justice des mêmes recours que tout autre citoyen.

Ne pouvant être personnellement présent à votre meeting du 17 mars, j’ai demandé à des
membres de la commission santé du NPA de m’y représenter, et de me tenir informé des
résultats de vos travaux.

La défense des exigences contenues dans votre manifeste, nécessitera certainement, quelque
soit le résultat des élections, la poursuite de la mobilisation
Cela concerne bien sûr les professionnels de la psychiatrie, mais au delà toutes celles et ceux
qui sont attachés à une société refusant toute forme d’exclusion et de discrimination.

Dans ces combats à venir, le NPA, sera à vos cotés

Bien cordialement

Philippe Poutou