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Le Médicament – L’Industrie Pharmaceutique

mardi 6 mars 2012

Le médicament : objet scientifique

C’est le résultat d’une recherche visant à traiter toute pathologie ou mécanisme qui ne fonctionne plus à son rythme habituel (cancer, allergie, hypertension...). Il est introduit par le soignant dans la relation de soin pour que la guérison survienne. C’est donc une proposition thérapeutique. Cet outil thérapeutique (produit, le plus souvent chimique, accompagné de ses essais cliniques) à permis, au fur et à mesure, d’ajouter de la vie aux années (amélioration de la qualité de vie) après avoir ajouté des années à la vie (durée de vie plus longue). C’est donc, en principe, le fruit d’une recherche pour guérir, soulager et prévenir des maladies. A ce stade, c’est un objet strictement médical : le remède, le médicament. Il devrait être un objet scientifique avec preuves empiriques vérifiables sur des séries comparatives, un objet pour vaincre ou aider à vaincre une pathologie. Mais si la pathologie est sociale, le remède est lui aussi social :
- si la cause est la misère, vive l’eau potable et les calories nutritionnelles !
- si la cause est le travail, vive l’arrêt de travail accompagné de ses indemnités journalières correspondantes réelles !

Quand l’agent pathogène est connu ainsi que le mécanisme de la maladie, le médicament peut être appelé étiologique. Il est alors radical. L’exemple-type est l’infection. Il est certain que la découverte de la pénicilline et des antibiotiques a fait faire un bond à l’humanité. Pour la tuberculose, il reste qu’il faut et les antituberculeux et un bon niveau de vie. Pour le sida, il reste qu’il faut et les trithérapies à des prix abordables, et le suivi car la maladie continue et crée des risques futurs lors de la survie prolongée. Dans les cancers, l’étiologie semble plurifactorielle (du tabac à l’environnement pollué, en passant par des causes inconnues.) Les médicaments sont imparfaitement spécifiques et tuent des cellules cancéreuses mais aussi d’autres cellules utiles (moelle sanguine). La chimiothérapie n’est donc pas étiologique, mais agit sur la "croissance du mal". Ailleurs, le médicament sera simplement symptomatique, c’est-à-dire qu’il agit sur le symptôme mais pas sur la cause (si le symptôme est la douleur, c’est bien sûr très utile !). Les anti-inflammatoires, par exemple, soulagent et la "bonne nature " fait le reste avec le repos...mais les causes restent ("mal au dos " par exemple) ; le mal pourra donc resurgir, et ce, d’autant plus s’il est lié au travail (il faut savoir que les causes mécaniques objectives, comme les hernies discales sont, en fait, fort rares).

Enfin, on appelle aussi médicament des substances à propos desquelles l’humanité souffrante pense, et croit très fort qu’elles ont des valeurs curatives. C’est le cas de l’homéopathie et cela marche dans les maladies psychosomatiques (comme les douleurs digestives...). Il est connu et établi sur des séries comparatives que le placebo (faux médicament, sans rien dedans) obtient jusqu’à 30% de bons résultats dans certaines affections psychosomatiques et sociales. Mais on ne soigne pas les cancers ou les infections avec l’homéopathie ou les placebos.

Le médicament : objet commercial

Ce statut "commercial" du médicament est encouragé et développé par l’industrie pharmaceutique. Cette industrie est une composante clés de la pharmacologie sociale puisqu’elle découvre, développe, assure le lancement et la promotion de ses produits. L’industrie pharmaceutique est "le joyau de la couronne" (Philippe Pignarre) avec le taux de profit le plus élevé et un total des dépenses en médicaments de prescription qui augmente chaque année.

En France, il y a négociation entre le gouvernement et l’industrie pharmaceutique : déremboursements de médicaments à services médical rendu (SMR) jugé faible (par qui ?), déremboursements de médicaments à SMR insuffisant (pour qui ?). En fait, économies sur le dos des salariés et de la population. De plus, il est offert une plus grande liberté des prix pour les médicaments innovants avec, en sus, une garantie pour cinq ans d’inscription au remboursement (au passage, les déremboursements imposent à tout individu d’avoir une mutuelle ... assurance privée !). L’argent gagné par ces déremboursements doit financer des médicaments nouveaux contre le cancer, par exemple. Mais, le plan-cancer a été une énorme fumisterie ! Il s’agit de "marchandiser" de nouveaux produits, mais non pas de les donner gratuitement, ni de faire une campagne intensive de prévention contre le cancer ! Le choix de cette société devenue cancérigène est bien de dépenser beaucoup d’argent pour "soigner" le cancer (avec, au passage, des profits pour tous les partenaires, de l’industrie pharmaceutique jusqu’aux soins !) plutôt que de comprendre les causes et de lutter pour l’éradication de celles-ci (pollution, amiante...).

Ne pas oublier le procès de Pretoria (2001) : 39 des plus grands laboratoires du monde ont voulu interdire, aux malades africains du sida, l’accès aux trithérapiques, au nom de la défense de leurs brevets ; face à l’opinion publique, ils ont dû reculer et ont perdu beaucoup de leur "grandiosité". Alors, les laboratoires d’Inde et du Brésil ont édifié les industries du médicament et ont pu devenir pourvoyeurs incontournables du traitement du sida à des prix défiant toute concurrence, en fabriquant des génériques : copies conformes des molécules brevetées par les groupes pharmaceutiques. Sans investissement de recherche, ils ont pu ramener le coût du traitement annuel de 12000 à 300 euros en moyenne par patient. L’industrie pharmaceutique est bien un des secteurs économiques où les coûts de recherche sont très élevés et les coûts de fabrication très bas : un médicament vendu en moyenne 30 euros ne coûte que 2 euros à la fabrication. Rien n’est plus difficile et coûteux que l’invention et rien n’est plus facile que de produire un médicament !

Ne pas oublier Cancun (2003) : réunion de 146 pays membres de l’OMC (organisation mondiale du commerce). D’un côté, volonté de respecter la propriété intellectuelle individuelle (les brevets) reconnue par les principes de libéralisation des échanges (édifice OMC, symbole de la "mondialisation moderne") ; de l’autre côté, 19000 morts chaque jour du sida, de la tuberculose... Pour les trusts pharmaceutiques, céder sur les brevets des médicaments contre le sida entraînerait moins de profits ; ils osent donc nous dire que s’il y a moins de profits, il y a moins de recherche et si nous suivons leur raisonnement, "la poursuite du progrès ne peut donc se faire qu’au prix de milliers de vies humaines dans le tiers-monde" (Philippe Pignarre) ! Un accord avait été pré-entendu, avant Cancun, afin que les Etats-Unis aient de véritables gages pour leurs firmes pharmaceutiques parce qu’ils craignaient que le Brésil et l’Inde, en dehors des médicaments contre le sida, en profitent pour copier des médicaments de confort, comme le Viagra par exemple.

Les grands laboratoires qui, soi-disant, veulent se donner une image humanitaire en faisant des dons aux pays pauvres (Glaxoo) sont les mêmes qui refusent de libérer les brevets ; ils ne sont intéressés que par la découverte d’un "blockbuster" : produit qui apporterait la première année, plus d’un milliard d’euros en chiffre d’affaires ! ... On arrive ainsi à l’aberration suivante : 95% des personnes qui ont besoin d’une trithérapie en sont privées (2010 : 5 millions de personnes infectées par le sida sur plus de 33 millions dans le monde sont effectivement sous antirétroviraux), et, à l’inverse, dans les pays riches, l’abus de médicaments est une des principales causes de mortalité !

L’industrie pharmaceutique a la nécessité de paraître inventer en permanence, avec actuellement un ralentissement phénoménal de l’innovation. Elle doit garder ensuite le monopole le plus longtemps possible et augmenter les ventes pour faire un maximum de profits. On va vers une crise de croissance des laboratoires et leurs réactions est :
- d’engloutir le voisin (les fusions rendent les équipes des laboratoires plus rigides face à trop de hiérarchie, ce qui entraîne une paralysie, une démotivation... et n’améliore pas l’innovation)
- d’inventer des maladies ("non-maladies")
- de défendre leurs brevets
- de faire pression sur les médecins et les Etats (contrôle de la presse médicale et donc de son "objectivité")

Cette dérive a été, entre autres, dénoncée par Martin Winckler… licencié en juillet 2003 ! En se basant sur le livre "le grand secret de l’industrie pharmaceutique " de Philippe Pignarre, il expliquait comment les laboratoires pouvaient aller jusqu’à truquer des résultats cliniques, inventer des maladies ...

Le Vioxx (laboratoires Merck) : effet pervers des brevets : limitation au maximum de la durée et du nombre d’études cliniques afin de demander le plus vite possible une autorisation de mise sur le marché et profiter ainsi au mieux du temps durant lequel ils auront le monopole de l’exploitation, avant l’arrivée des génériques. Du coup, ce n’est qu’une fois le médicament sur le marché que l’on s’aperçoit des effets secondaires pouvant être mortels et que le caractère trop limite des études cliniques n’ont pas permis de déceler avant sa commercialisation.

Le Médiator : pendant des années, maintien sur le marché et remboursement par la sécurité sociale de ce médicament produit par le laboratoire Servier (ami de Sarkozy) : 500 à 2000 décès qui pose la question de l’indépendance. Ce scandale a mis à jour les complicités dont bénéficiait ce laboratoire dans les milieux politiques et auprès des experts soi-disant indépendants chargés de l’évaluation et du contrôle des médicaments.

Le médicament : objet social

D’abord, il y a un fétichisme du médicament. C’est la preuve tangible du soin (on préfère prendre des vitamines que manger des fruits, par exemple) et la valorisation du pouvoir du soignant sur la maladie. Souvent, ne pas prescrire est assimilé à une absence de soins. Le patient, devenu consommateur, est, en plus, éduqué par les supports publicitaires à demander directement tel médicament à son médecin, à aller directement à sa pharmacie sans prise en charge.

Surtout, il y a une médicamentation de la société. C’est la prise médicamenteuse pour des situations qui ne sont pas l’occasion d’un traitement médical. C’est l’expression ultime de l’utilisation non médicale des médicaments. Exemples : le dopage du sportif, le traitement chez l’enfant de son échec scolaire, le traitement contre le vieillissement... Ces caractéristiques du comportement humain ont été entraînées dans le champ de la pathologie avec, comme sanction, la prescription médicamenteuse. Jusqu’au deuil lui-même, qui devient prétexte à prescription d’anti-dépresseurs, escamotant le travail psychologique nécessaire pour qu’un deuil puisse s’achever et, en plus, qui le rend interminable. En bref, la société est tendue vers une pilule pour chaque problème, pour chaque non-maladie (rides, cellulite, solitude...). Il est prouvé que la consommation de médicaments augmente avec les forts niveaux d’agression sociale. Exemple : l’utilisation de psychotropes dans une situation difficile comme le harcèlement au travail (Santé au travail). Donc, d’un objet strictement médical, le médicament est devenu un fait de société, un produit de consommation, un bien industriel ; sa marchandisation a abouti à la médicalisation de toute la vie !

Ce n’est quand même pas le seul problème. Il faut s’attaquer à la marchandisation du travail, à la marchandisation des travailleurs, à la marchandisation de l’environnement, de la nutrition, de l’éducation et de la santé... Il faut pousser le souci de santé publique à éradiquer les causes des maladies plutôt que de les soigner, avec une vraie politique globale de santé ; par exemple :
- un vrai secteur de gériatrie (accompagnement des patients et particulièrement malades "Alzheimer")
- un vrai secteur de psychiatrie
- un vrai secteur de médecine du travail indépendant
- une formation médicale indépendante de l’industrie pharmaceutique
- une éducation sanitaire préventive de masse

  • une médecine de qualité pour tous avec un financement socialisé et solidaire (part du salaire des travailleurs)
  • un service public du médicament avec suppression des brevets (propriété intellectuelle publique des découvertes et inventions) en réactivant la démocratie dans ce secteur. Sur un plan d’égalité, les représentants des professionnels, des organismes payeurs, des assurés et des patients utilisés pour réaliser les essais cliniques doivent être les décideurs et contrôleurs de la recherche, de la production en fonction de nos besoins, des progrès que nous attendons et de nos priorités (exemples : Act’up, pour le sida, Association Française contre les Myopathies…)

Notre choix de société : la santé fait partie des "biens communs", fondamentaux, qui ne doivent être livrés ni aux lois du marché, ni aux intérêts privés.
… avec notre participation aux initiatives comme, par exemple, celle du mouvement actuel "Notre Santé En Danger – NSED" avec notre signature du socle commun