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Nous ne paierons pas leur dette !

samedi 17 septembre 2011

Vous voulez « partager » les richesses. Mais franchement, vous croyez qu’il y a encore des richesses à redistribuer ? Vous avez vu le niveau d’endettement de la France ?

J’ai vu ! Mais vous : vous vous rendez compte à quel point la France est un pays riche malgré la crise ? Le PIB c’est-à-dire la totalité des richesses nouvelles produites chaque année a doublé en 40 ans. On est deux fois plus riche qu’au début des années 1970. C’est vrai, la population a un peu augmenté depuis cette époque, mais pas du tout dans les mêmes proportions. Ce qui serait logique, c’est qu’on soit tous beaucoup plus riches, bien plus riches qu’avant. Mais il y a un problème de répartition. Vous avez vu la croissance des profits au CAC 40 ? Vous avez vu les salaires des grands patrons ? (quelques chiffres éventuellement).

Sans doute, mais la dette n’a pas arrêté d’augmenter pour autant. Si c’est le cas, cela veut peut-être dire que la France vit au-dessus de ses moyens. La seule solution c’est quand même d’arrêter cette spirale sans fin et d’accepter des sacrifices, vous ne croyez pas ?

Eh bien pas d’accord. Déjà parce que cette dette n’est pas juste. J’ai eu l’occasion de le dire, mais cette dette n’est pas juste et c’est même pire que cela : en fait elle ne sert aujourd’hui qu’à enrichir les plus riches. En fait, la crise ce n’est pas pour tout le monde, c’est ça la vérité. C’est ça qui doit changer.

Mais vous proposez quoi ? Il faudrait arrêter de payer la dette ? La rayer d’un coup de baguette magique et demain on rase gratis ?

Bon attendez. D’abord il faut bien préciser les choses. La dette dont je vous parle c’est la dette publique, celle de l’Etat. Mais oui elle n’est pas légitime. Et je vais vous expliquer pourquoi / Laissez-moi vous expliquer.

En fait cette dette était déjà considérable avant la crise qui a éclaté en 2008. Pas parce que la population en France aurait trop dépensé en général, pas plus que la population en Grèce d’ailleurs. C’est de la blague.

La vérité c’est que ça fait des années que les gouvernements de droite comme de gauche d’ailleurs diminuent les recettes de l’Etat comme ils le font également pour la Sécurité sociale : allégements d’impôts sur les sociétés, allégements d’impôts pour les plus hauts revenus, allègement de « charges sociales » également (c’est comme ça que les patrons disent mais c’est quand même une partie de notre salaire qu’on a allégé).

Et le résultat, quand il y a moins de recettes, ce sont des économies en particulier sur les dépenses utiles de l’Etat, les services publics. Et ça la population n’a pas arrêté d’en faire les frais depuis des années. Et puis ça a été plus d’endettement pour boucler les fins de mois.

Et le résultat est là : moins de services publics et plus de dette parce que ça fait 30 ans - depuis les années 1980 - que les gouvernements se succèdent pour alléger l’impôt des riches.

Et puis il y a eu la crise de 2008. Et là ça a été des centaines de milliards d’un seul coup pour sauver les banquiers et leur système. Ils se sont gavés pendant des années avant d’avoir des soucis avec les nouveaux rebonds de la crise en 2008, mais ça a été à nous les contribuables en bas de l’échelle de payer. C’est quand même incroyable : nous on n’y est pour rien. Ce n’est quand même pas à nous de payer leur crise.

Oui mais attendez. Admettons qu’il y a eu des abus. Mais maintenant la dette est bien là. Si on refuse de la payer, ça va être le chaos. On ne va faire qu’aggraver la crise.

Mais c’est exactement le contraire. Si, si, je vous le dis : c’est justement si on arrête de payer qu’on a une chance de s’en sortir.

Vous avez vu toutes les fois où le système financier a failli s’écrouler depuis 2008 ? Et l’Euro ? Qu’est-ce qui s’est passé ?

En fait quand l’Etat a sauvé les banquiers, la première chose qu’on fait les banquiers, ça a été de recommencer à spéculer. Ils ont recommencé comme avant, et même pire qu’avant parce que le grand jeu, ça a été de faire encore plus de fric mais cette fois en spéculant sur la dette publique, en pariant sur le fait que les Etats n’arriveraient pas à rembourser leur dette, avec un premier objectif : leur faire payer ce risque avec des taux d’intérêt exorbitants. C’est comme ça que la Grèce mais aussi l’Irlande et le Portugal ont commencé à couler sous nos yeux.

Mais pas en France où justement on a quand même échappé à ça. Et là excusez-moi, mais vous apportez de l’eau à mon moulin : heureusement que le gouvernement a été assez sage pour ne pas laisser déraper les déficits et qu’on ne se retrouve pas dans cette situation. Donc je reviens sur l’idée de faire des sacrifices : qu’on le veuille ou non, c’est quand même utile, non ?

C’est surtout utile pour que les banquiers et les capitalistes s’en mettent plein les poches en toute sécurité. La vérité c’est ce que j’ai dit toute à l’heure.

Les capitalistes payent de moins en moins d’impôts et l’Etat s’endette. Résultat : les riches gagnent le jackpot deux fois, une fois sur les impôts et une fois sur les intérêts de la dette parce que ce sont eux qui prêtent à l’Etat l’argent que ce dernier leur a fait économiser.

Puis arrive la crise. L’Etat paye pour les aider, et eux ils en profitent pour gagner encore plus.

Il faut arrêter cette spirale sans fin et ce jeu d’attrape-couillon.

Je dis ça parce que pour les capitalistes, c’est pile je gagne, face tu perds. Et nous on perd à tous les coups.

Parisot explique qu’il faut savoir prendre des risques. Mais les grands patrons, eux, ils ne risquent rien. Quoi qu’il arrive, ils gagnent à tous les coups. Eh bien moi je dis que ça, ça doit changer. C’est à eux de payer. C’est par là qu’il faudrait commencer si on devait prendre les choses dans le bon sens.

Mais pas seulement. Vous avez parlé toute à l’heure de redistribution ou de partage des richesses. Il ne faut pas seulement redistribuer. Il faut réorganiser l’économie. C’est ça notre véritable programme.
Comment ça ?

Vous avez vu la crise : en fait il faudrait dire « les » crises. Parce que c’est aussi la crise écologique dans ses multiples dimensions, c’est la crise alimentaire, ce sont les guerres qui accompagnent inévitablement tous ces dérèglements. C’est pour cela que nous sommes anticapitalistes. Il faut s’attaquer à la racine des problèmes. Ca ne marche pas quand une poignée décide de tout. La propriété privée (je parle évidemment des gros trusts), la concurrence de tous contre tous, la loi du profit, c’est un gâchis énorme.

Mais vous proposez quoi ?

Vous appelez ça comme vous voulez : socialisme, communisme… En fait il s’agit de remettre le monde à l’endroit. C’est à la majorité de décider y compris dans le domaine économique. Ca devrait être ça la véritable démocratie.

Pour cela, il faut la liberté de vote bien sûr. Mais il faudrait aussi pouvoir voter sur toutes les questions qui nous concernent directement. Et surtout il faut que ça porte à conséquence. Il faut une démocratie réelle, pas un faux semblant comme le dénonçait déjà Coluche : cause toujours et je m’occupe du reste. Si ce sont toujours les mêmes qui décident à la bourse avec en bout de ligne les gouvernements qui exécutent ce qu’on décidé les capitalistes, parce qu’en vrai ça se passe comme ça, ça ne va pas.

C’est pour cela que les entreprises doivent appartenir ou être contrôlées par l’ensemble des travailleurs et la population. Pour qu’on décide vraiment : qu’est ce qu’on produit, comment on produit, quelles sont les priorités.

Moi j’ai confiance : si on donne aux gens les moyens de décider réellement, on pourra compter sur l’intelligence collective.

Sinon l’alternative, c’est qu’avec leur système qui marche sur la tête, on va payer de plus en plus cher pour toutes ces crises, avec une planète pourrie, de la misère, des injustices, une société déglinguée.

Socialisme ou barbarie, on y est. Et si je me présente, c’est parce qu’il y a une certaine urgence à le dire, encore plus fort. Et parce que j’ai la conviction qu’il est possible de changer tout ça (après on peut embrayer sur comment on fait, prendre nos affaires en main, faire converger toutes nos luttes etc).

Annexe : quelques faits et chiffres

La dette publique

- En pourcentage du PIB pour la France : 63,8 % en 2007 et 81,5 % en 2010.
C’est le même niveau que pour le Portugal. L’Allemagne est à 78,7 % en 2010.

Le jour où cela atteint 100%, cela veut dire que c’est équivalent à la totalité des richesses nouvelles produites pendant une année entière. Ce sont des niveaux considérables car même en 1980 on était à 20% d’endettement.
Les ménages surendettés :

Ils sont 900 000, en augmentation de 17 % par rapport à 2010. Plus de la moitié gagne moins que le SMIC, certains sont au RSA (460 euros par mois). Le niveau moyen d’endettement est de 34 500 euros, pour payer dans 76 % des cas des factures toutes simples qui se sont accumulées : loyer, chauffage, frais de santé…

La progression la plus constante depuis 10 ans est celle des 55 ans ou plus, qui ne retrouvent plus de travail, ou les retraités dont les revenus ne cessent de s’amenuiser depuis la succession des contre-réformes inaugurées en 1993. Des retraités qui sont souvent mis à contribution pour aider leurs enfants ou leurs petits-enfants en galère d’emploi.

Il suffit aussi que le chômage se prolonge un peu, ou qu’il se répète souvent du fait de la précarité, que s’additionnent - en particulier pour les femmes - le temps partiel et les carrières interrompues alimentant une retraite de misère… pour que les revenus plongent bien en dessous du SMIC.

Les « pauvres » :

D’après l’étude que vient de publier l’INSEE sur « Les revenus et le patrimoine des ménages », le taux de pauvreté serait resté stable ces dernières années, autour de 13 %. Cela regroupe les personnes vivant sous le seuil de pauvreté (60 % du niveau de vie médian), soit un revenu inférieur à 949 euros par mois pour un ménage, en incluant les prestations sociales. Près du 1/3 des chômeurs sont dans ce cas.

Qu’il y ait une stabilisation du taux de pauvreté ne signifie pas que la situation ne soit pas en train de s’aggraver, aussi bien pour les plus pauvres que pour la grande masse des salariés. Car du côté des prix notamment, tout augmente ou presque. Cela concerne en premier lieu les produits de première nécessité : 15 % à 20 % sur le carburant depuis septembre, 20 % sur le gaz en un an, 10 % sur l’électricité. Les prix des produits alimentaires suivent à des rythmes qui sont souvent de l’ordre de 10 à 20 % pour les pâtes, la farine, l’huile, le pain, ou le lait... Les calculs au niveau de l’INSEE prennent trop peu en compte cette réalité.

Les « riches » :

De 2004 à 2008, le nombre de personnes déclarant plus de 500 000 euros de revenus dans l’année a progressé de 84 %. Les 0,01 % les plus riches qui déclarent plus de 732 000 euros ont vu leurs revenus augmenter de 32,7 % durant la même période.

82 milliards d’euros : c’est le montant des profits des entreprises du CAC 40 en 2010, en hausse de 50 % par rapport à l’année précédente.

40 milliards : ce sont les dividendes qui devraient être versés cette année aux actionnaires.

2,46 millions : c’est le salaire moyen des patrons du CAC 40, en hausse de 24 % en 2010 pour leurs bons et loyaux services. En tête du palmarès : Michel Rollier, gérant de société pour le compte de la famille Michelin, avec un salaire de 4,5 millions d’euros.

Au total, ces 40 patrons se sont partagé 93,3 millions d’euros, soit l’équivalent du salaire annuel de plus de 6 000 travailleurs payés au smic. Et ce n’est qu’une partie de leurs revenus auxquels s’ajoutent divers bonus et autres stock-options.

Ainsi, le PDG de Vinci, Xavier Huillard, qui affiche 2,2 millions d’euros de revenus en 2010, a gagné en octobre de la même année 846 000 euros de plus en vendant une partie de ses stock-options.

Une fiscalité injuste :

Les dernières mesures : un bouclier fiscal que l’on prétend supprimer mais en supprimant au passage l’ISF. Résultat : un gain net de 900 millions pour les plus riches.

La fiscalité sur les entreprises : le taux normal d’impôt sur les sociétés est de 33 % (il était de 50 % à l’époque de Giscard et même encore à ce niveau jusqu’en 1985). Mais les esquives sont nombreuses.

Exemple du groupe Orange/France-Telecom. Les résultats avant impôts sont de 7,6 milliards d’euros et le niveau théorique d’imposition devrait être de 2,5 milliards. Mais il n’est que de 1,7 milliard grâce aux multiples « niches fiscales » prévues officiellement dans le cadre du budget. Une esquive qui ne tient pas compte d’un autre scandale : la possibilité tout à fait légale d’aller planquer son fric dans les paradis fiscaux, parfois tout proches comme les iles anglo-normandes de Jersey et Guernesey. Cela concernerait plus d’une soixantaine de filiales pour le seul groupe Orange/France-Telecom, soit le ¼ de ses sociétés…

A l’étape suivante, il y a les heureux actionnaires, avec la possibilité de bénéficier d’avoir un abattement sur les dividendes distribués sous prétexte que l’entreprise dont vous êtes propriétaire a déjà payé des impôts, du moins en théorie, et que vous n’allez pas payer deux fois. Et si par malheur il vous reste quelque chose à verser au fisc, il y a toujours la possibilité de se faire domicilier ailleurs, en des lieux plus cléments. Avec la possibilité évidemment de changer d’avis, puisque la République en matière d’amnistie fiscale sait se montrer clémente…

L’argent existe

Ce qui est légitime aujourd’hui et absolument vital, c’est de revendiquer immédiatement une augmentation des revenus de 300 euros, avec un minimum de 1500 euros nets pour toutes et tous que l’on soit au chômage, en activité ou à la retraite. C’est aussi revendiquer l’échelle mobile des salaires pour compenser intégralement la hausse des prix. Et refuser toute dégradation supplémentaire des services publics au nom des déficits et de la dette.

Les patrons nous objecteront qu’ils n’ont pas les moyens ? Comme l’Etat ? Qu’ils ouvrent leurs livres de comptes, que les salariéEs et l’ensemble de la population commencent à se mêler de la manière dont ça fonctionne : tous ces mouvements financiers entre les différents établissements, entre les filiales d’un même groupe… Que l’on commence enfin à s’organiser pour contrôler les rouages de cette économie folle et destructrice. On verra qu’il y a de l’argent et qu’on peut l’utiliser autrement.